Les taux hypothécaires vont-ils (encore) grimper?

L’entrée en vigueur des critères de Bâle III aura un impact sur les marges des banques. Pour les taux hypothécaires, cela se traduira par une hausse dont l’amplitude est encore difficile à estimer.

 La crise de 2008 a durablement bouleversé le secteur bancaire et démontré son extrême fragilité. Les gouvernements ont dû intervenir dans de nombreux pays européens pour éviter un effet domino, et ont promis qu’on ne les y reprendrait plus. Ils ont donc ensuite soutenu la mise en place de nouvelles mesures réglementaires qui régiront l’ensemble du secteur d’ici la fin de la décennie: les critères de Bâle III.

Grandes lignes

Cette tentative de réguler le marché comprendra plusieurs lignes directrices:

  • Premièrement, les banques vont devoir renforcer la qualité et le volume de leurs fonds propres Tier 1. Au niveau qualitatif, elles ne pourront plus faire passer n’importe quoi dans cette catégorie. Matthias De Wit (Petercam) souligne que « les fonds propres d’une banque seront désormais constitués du capital émis (les actions) et des réserves (les bénéfices). Plus rien d’autre ne pourra être pris en considération ». Au niveau quantitatif, le niveau minimum de fonds propres (spécifié par les accords de Bâle II) sera considérablement relevé. Les banques devront donc mettre en réserve une part beaucoup plus importante de leurs résultats dans les années à venir, avec des émissions de nouvelles actions ou une modération sur les dividendes versés.
  • Deuxièmement, les banques seront rendues plus résistantes à la fermeture des marchés interbancaires, un aspect qui n’était pas pris en compte dans les règlementations précédentes. Les institutions bancaires devront garder des fonds propres qui serviront de « tampon » en cas de crise. « Cela aura un coût assez élevé puisque les banques ne seront autorisées à utiliser ces fonds que pour investir dans des actifs liquides de très haute qualité, mais offrant un rendement très faible », souligne encore Matthias De Wit (Petercam). Les banques devront également améliorer l’équilibre de leur bilan. Elles ne pourront plus emprunter massivement à court terme pour prêter massivement à long terme, et devront donc développer un financement sous forme d’émissions obligataires ou de comptes d’épargne. Ce type de financement coûte beaucoup plus cher.
  • Troisièmement, un nouveau critère appelé le Leverage Ratio fera son apparition. Il limitera la taille du bilan à 33 fois le niveau des fonds propres. Albert Ploegh (ING) souligne qu’à l’heure actuelle, « ce critère ne fait pas la différence entre la qualité des différents créditeurs. Les risques sont donc confondus, ce qui n’est pas à l’avantage d’une banque comme Dexia qui prête surtout aux pouvoirs publics, et qui doit compenser la faible rentabilité de ces prêts par un volume élevé. Mais les discussions sont encore en cours afin de déterminer les critères finaux de ce ratio ».

Impact négatif

A l’origine, les critères des Bale III devaient entrer en vigueur très rapidement (fin 2012), mais cela aurait trop fortement freiné la croissance dans les pays développés. Leur application sera progressive, entre 2013 et 2019. Quel en sera l’impact pour le consommateur?

Matthias De Wit (Petercam) estime que si « c’est dans l’intérêt des lobbys bancaires de dire que l’impact de Bâle III sur les taux sera substantiel afin de faire pression sur les régulateurs, leurs coûts vont inévitablement augmenter ». Selon une étude publiée par McKinsey, les critères de Bale III feront augmenter les frais qu’une banque supporte pour trouver des financements. La hausse devrait atteindre de 0,25 à 0,7% selon le type de crédit ou de client.

Les banques vont dès lors tenter de transférer une partie de cette hausse vers le client. L’impact dépendra de la nature du marché. Pour un produit aussi compétitif que le prêt hypothécaire,  souvent utilisé comme produit d’appel pour toute une série de produits annexes (assurance solde restant dû, domiciliation des revenus), c’est nettement moins clair. « Notre expérience nous pousse à croire que sur certains marchés et sur certaines activités, les taux vont augmenter. Dans la banque de détail en Europe, compte tenu de la pression concurrentielle, l’impact sur les taux sera en définitive limité », estime McKinsey.

Plutôt la BCE

« Il est impossible d’affirmer à l’heure actuelle que les taux vont grimper de 0,5% ou même 1% suite à l’instauration des critères de Bâle III, vu que certaines des mesures font encore l’objet de négociations à l’heure actuelle. Mais on assistera plus que probablement à un relèvement du coût du crédit », conclut Matthias De Wit (Petercam). « L’impact sur les taux sera également beaucoup plus influencé par les décisions de la BCE, et la poursuite du mouvement de relèvement du taux central de la BCE », estime Albert Ploegh (ING).

source : Mon Argent -Frederic Lejoint 27.04.2011

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