Philips, le dernier des européens, se retire du marché des téléviseurs

Le groupe va transférer son activité téléviseurs au sein d’un joint-venture commun avec le taïwanais TPV Technologies, dans lequel il sera minoritaire. Il solde ainsi une activité historique, mais en lourde perte.

la dernière grande marque européenne de téléviseurs passe sous pavillon asiatique. Hier, le groupe Philips a annoncé qu’il se retirait du marché des téléviseurs, en transférant cette activité au sein d’un joint-venture avec le taïwanais TPV Technologies. Le néerlandais ne conservera que 30 % de la société, à qui il accordera le droit d’utiliser sa marque moyennant le paiement de royalties. Dans le détail, l’opération sera effective avant la fin de l’année 2011, mais Philips ne touchera des revenus qu’à partir de 2013, à hauteur de 2,2 % du chiffre d’affaires du joint-venture, avec un minimum de 50 millions d’euros. Conclu au niveau mondial, l’accord exclut toutefois les zones où Philips avait déjà monté des joint-ventures, comme les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Canada et le Mexique. Il court sur une durée de cinq ans, au bout de laquelle Philips pourra revendre ses parts à TPV.

L’opération n’est pas une surprise. Depuis des années maintenant, Philips était à la peine dans les téléviseurs et s’était progressivement désengagé de cette activité. En 2009, le groupe avait déjà abandonné la production de dalles, en vendant au coréen LG ses parts d’un joint-venture commun. Le groupe s’était aussi retiré de différents marchés -Etats-Unis, Chine -en signant des contrats de licence avec différents fabricants. En Europe et Asie, Philips tentait de se maintenir à flot en misant sur le poids de sa marque, la qualité de ses technologies d’image et sa capacité à produire de grandes tailles d’écran. Mais cela n’a pas suffi : en 2010, l’activité téléviseurs, qui pesait 3 milliards d’euros de revenus, soit 12 % du chiffre d’affaires global, affichait une perte de 128 millions d’euros. Alors même que le groupe visait un retour à l’équilibre sur cette période… En 2011, les compteurs ont continué à se dégrader sous l’effet de la guerre des prix et de la concurrence impitoyable des fabricants asiatiques : la branche téléviseurs a encore accusé un trou de 106 millions d’euros au premier trimestre.

Le retrait de Philips est symbolique. Il fait suite à celui du français Thomson, qui a vendu son activité téléviseurs au chinois TCL en 2005. Désormais, il n’y a plus de constructeur européen de téléviseurs, hormis sur des marchés de niche (lire ci-contre). L’avènement de l’écran plat, au milieu des années 2000, a, de fait, accéléré la montée en puissance des asiatiques, et notamment des coréens Samsung et LG, qui ont cassé les prix grâce à des investissements industriels massifs. Et aujourd’hui, ce sont les chinois et les taïwanais qui se font menaçants, à l’image de TPV, de TCL ou encore de Hisense.

Solder le passé

Pour Philips, l’opération est bienvenue. « C’est une excellente nouvelle pour le groupe, qui solde ainsi son passé. Tout le monde attendait cette décision depuis longtemps », juge un analyste. C’est aussi un premier fait d’armes pour le nouveau PDG du groupe, Frans Van Houten, en poste depuis le 1er avril dernier en remplacement de Gerard Kleisterlee. Certes, les discussions avec TPV Technologies remontent à l’automne, mais c’est bien le nouveau dirigeant qui a pris la décision.

De quoi transformer un peu plus le groupe, dont le visage s’est déjà métamorphosé au cours des dix dernières années. Après avoir vendu la fabrication de téléphones mobiles au chinois CEC, Philips s’est retiré de l’activité semi-conducteurs -cédée en 2006 et devenue la société NXP -ainsi que des composants réseaux. Aujourd’hui, le groupe se concentre sur trois marchés : l’éclairage (ampoules, leds…), la santé professionnelle (appareils électroniques à destination des hôpitaux) et le grand public.

Philips n’est pourtant pas sorti d’affaire, comme le rappellent les résultats du premier trimestre fiscal publiés hier. Sur cette période, le chiffre d’affaires -hors télévision -a atteint 5,275 milliards d’euros, en croissance de 4 %, mais uniquement tirée par les pays émergents (+ 11 %). Un montant en deçà des attentes, tout comme le résultat net, qui s’est effondré de 31 %, à 138 millions d’euros.

De quoi refroidir les investisseurs, qui ont sanctionné le titre malgré cette annonce. L’action Philips a cédé hier 0,88 % à la Bourse d’Amsterdam.

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